LES INSTALLATIONS

Les deux installations, "Flot, la Cathédrale" et Live "X"periences "Live" ont un concept totalement différent même si elles ont des oeuvres en commun.

 

Flot, la Cathédrale (117 oeuvres)

I) INTRODUCTION :

POURQUOI AI-JE COMMENCE LA CATHEDRALE ?

La cathédrale est arrivée un jour comme une évidence. 

Ken Meyers m’en avait soufflé le mot un jour d’été 2009 en regardant mes ébauches mais il a fallu que ça fasse son chemin dans mon esprit. Ce chemin a été tracé par une envie, deux rencontres et un livre.

 

La rencontre avec mon ami Patrick della Torre m’a permise de découvrir le livre « Libérez votre créativité » de Julia Cameron. Par le travail effectué grâce aux exercices de ce livre extraordinaire, j’ai pu (re) découvrir que le dessin et les arts plastiques représentaient une part essentielle de ma vie, de manière plus viscérale que la musique et le verbe que j’ai pratiqué bien plus intensément jusqu’alors, et que je pratique toujours aujourd’hui. Par contre, je fais actuellement plus attention à équilibrer les deux pratiques afin de conserver mon harmonie. Ce livre a aussi bien servi à remettre un savoir-faire à la lumière du jour, qu’à des fins de développement personnel profondes. Travailler cet ouvrage m’a donné une certaine dose de confiance en moi, suffisamment pour que j’arrive à une envie intense et qui ne m’a pas quittée, celle de faire de « grandes » choses, celles qui prennent du temps et de la place, plus des petites que l’on peut oublier dans un coin, parce qu’elles ne se voient pas assez. Bref, ce travail m’a permis d’arrêter la « timidité artistique ».

Pendant que je travaillais avec le livre et recommençais à dessiner, (d’abord pour me faire plaisir) j’ai eu l’occasion de voir la première exposition de dessins de la psychologue Martine Delaplace sur les disparus politiques chiliens et qui m’a bouleversée. Nous avons aussi parlé de ce que j’étais en train de faire et elle m’a dit :  « Dessine de la main gauche et les yeux fermés, tu verras ce qu’il en ressortira. »  C’était la deuxième rencontre.

J’ai suivi ses conseils et il en est sorti un magnifique phallus… La réflexion suivante a été : « Creuse là-dedans ma fille, tu as quelque chose à exorciser ! ». C’est comme ça que les premiers « A4 » sont nés. Au début, les tâtonnements se sont faits au crayon de couleur sur fond de gouache noire mais très vite mon choix s’est porté sur une vieille boîte de pastels à l’huile Créole 24 nuances de J.M. Paillard que je possédais depuis la fin des années 80. Le travail de cette matière me plaisait depuis les années de collège où notre professeur de dessin M.Treillard enseignant au C.E.S. Jules Verne à Cagnes sur Mer, nous avait montré comment s’en servir en l’étalant sur la feuille de dessin grâce à un capuchon de stylo-bille « Bic ». Il n’y a pas eu beaucoup à réfléchir : le pastel à l’huile, ça tombait sous le sens, c’était la seule technique que je maîtrisais vraiment.

En ce qui concernait les thématiques, les premiers dessins faisaient plutôt état d’entrelacs de tissus humains plutôt que de scènes plus ou moins érotiques. Mais au fil du temps je me suis enhardie, brisant un tabou trop longtemps ancré…

Après avoir fait une vingtaine de dessins en format A4 et A3, l’idée de faire une simulation d’exposition sur Photoshop m’est venue, juste pour voir ce que ça pouvait donner. Cette expérience a été provocatrice de deux excellentes surprises. Tout d’abord, en scannant les dessins (pour les A4), en les photographiant (pour les A3) et en les plaçant sur le fond noir d’un écran d’ordinateur, donc en les exposant à travers une lumière, je me suis rendue compte que mes dessins possédaient la structure du vitrail. Puis, j’ai réalisé que certains dessins correspondaient à d’autres comme les pièces d’un puzzle ou les différents carreaux d’une même fenêtre… Bref, sans le vouloir, j’avais dessiné des vitraux. Le pas, de vitrail à église est simple à franchir mais de là à construire un viaduc virtuel pour aller jusqu’à une cathédrale !!! Cela me semblait très gros… Irréalisable.

C’est un peu plus tard que la petite voix dans ma tête m’a dit que le moment était venu de faire une Grande Oeuvre, que j’étais prête pour ça. Il fallait juste que je me fasse à cette idée… Et que je m’en donne les moyens.

 

 

J’ai donc commencé à étudier des cathédrales grâce au web, leur longueurs, leurs hauteurs, leurs structures, leurs proportions, les rapports entre les proportions, où se cachait le nombre d’or, les systèmes mathématiques spécifiques à chaque cathédrale sur le nombres de travées… Vingt édifices en tout. Au passage, je remercie Google Docs d’avoir édité sur intermet l’excellente encyclopédie de l’architecte Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc (1814-1879) « Dictionnaire Raisonné de l’Architecture Française du XIème au XVIème Siècle ». Cet ouvrage, agrémenté de nombreuses gravures m’a permis de comprendre les différentes structures de ce type d’édifice ainsi que leur logique.

Grâce à l’étude de ces 20 cathédrales gothiques, j’ai pu faire les plans de « ma » cathédrale, dans le respect des canons de construction de ce type d’édifice. Ces plans ont pour fonction de pouvoir « placer » les vitraux, c’est-à-dire d’en connaître le nombre et leur situation géographique, afin de pouvoir structurer mon œuvre à mon tour.

Au fur et à mesure de la construction de la cathédrale, de l’approfondissement de mes connaissances sur le symbolisme religieux et païen, des œuvres à plusieurs degrés de lecture ont commencé à apparaître, jusqu’à ce que Flot, la Cathédrale devienne un système structuré, bien qu’à contre-courant complet dans l’expression des thèmes proposés mais aussi riche que dans les cathédrales gothiques traditionnelles.

Maintenant vous savez pourquoi « La Cathédrale » mais pourquoi « Flot » ? Rien à voir avec la mer ! Il n’y a même pas de bleu dans mes dessins ! »

Je répondrai que oui, mais Flot corporel, Flot d’émotion, Flot de vie, en général, de vie intime aussi. Flot représente tout ce qui, à mon sens, fait «  l’allant » , la progression de la vie. Les côtés sombres ont aussi leur raison d’être dans le flot/flux général. Finalement, cela ressemble plus à un fleuve qu’à une mer mais l’élément fluide est finalement très présent. Ne dit-on pas que l’eau, c’est la vie ? Et, a-t-elle vraiment besoin d’être bleue ?

 

L’élaboration de ces cent visuels qui forment les ouvertures de « Flot,la cathédrale » m’ont permis de comprendre que cette œuvre ne se cantonnais pas à une seule forme comme le vitrail mais qu’elle pouvait se décliner sur toute forme de supports, pour un nombre de destinations toutefois assez impressionnant, ce qui est l’autre facette de ce projet.

 

II) LES EXPLICATIONS :

LA SYMBOLIQUE DES ELEVATIONS

Toute cathédrale possède au minimum trois étages ou élévations pour qu’elle soit considérée comme telle. Ces étages peuvent être vitrés ou non (cf gravure des élévations de la cathédrale de Bourges). Il y a ici trois étages vitrés. Ces fenêtres sont partagées en un certain nombre de « carreaux » pour donner quelque part l’aspect d’une fenêtre ordinaire où le spectateur devient aussi « voyeur » à son tour.

 

1ère élévation : « Scènes de Vi(e) » 20 nonaptyques érotiques.

 

 

2ème élévation : « Les médaillons » 30 pièces différentes.

C’est pour ainsi dire la face cachée, puisque ces médaillons dotés d’un érotisme beaucoup plus cru sont placés en retrait comme dans des chapelles séparées que j’ai nommées « alcôves » et dissimulées parde larges colones en forme de trou de serrure.

La partie féminine se trouve dans la nef, la partie masculine dans le chœur, la mixité des genres étant reparties dans les transept sous forme de transposition zodiacale.

Cet étage représente le mélange des genres et des envies.

 

3ème élévation : « Le Tarot » 34 pentadécaptyques.

Cet étage présente la totalité des arcanes du tarot et les 3/4 des habits de ce même tarot, le dernier quart restant en réserve pour éditer un vrai jeu de tarot. Les habits de ce tarot ont été choisis de manière à relier et/ou à démystifier un certain nombre de croyances méditerranéennes datant d’avant le christianisme. Le but est de permettre une autre vision que celle imposée par le christianisme justement, qui me semble assez réductrice (cf « L’Histoire Secrète du Monde » de Jonathan Black, Le Livre d’Enoch…).

 

Conclusion :

Le but de la démarche est de détruire pour reconstruire en respectant un certain nombre de règles que je qualifierai de naturelles car souvent basées sur l’astronomie. Le « carcan » du catholicisme a fait disparaître et donc oublier auprès de la population toute une frange de connaissances anciennes afin de les fragiliser psychologiquement et physiquement. Une manœuvre très réussie dont les hauts dignitaires du culte ont bien profité pour asseoir leur pouvoir plus facilement face à des ouailles de plus en plus ignorantes, où le discernement était souvent puni de mort, comme à l’époque de l’inquisition.

Dans ma construction, j’ai voulu rétablir une forme d’équilibre qui ne nie ni le corps, ni l’esprit, c’est à dire les connaissances qui permettent d’appréhender la vie de manière universelle.

 

La matière a-t-elle précédé l’esprit ou est-ce l’esprit qui a précédé la matière ?

(Cette réflexion est à remettre dans les contexte scientifique actuel, bien entendu.)

 

 

LE CHOIX DES COULEURS

1) LES COULEURS

J’ai choisi 44 couleurs dans le demi-cercle chromatique du jaune au violet en passant par le rouge pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, c’est essentiellement la partie « chaude » de ce cercle qui se trouvaient plus en adéquation avec mon thème général « Flot » de vie.

Ensuite, j’ai voulu me restreindre à un certain nombre de couleurs afin de pousser au jaillissement de l’imagination et ainsi éviter les lieux communs ou évidences environnementales du type ciel bleu et herbe verte. Enormément de transpositions ont dû être faites, tant mieux ! Je préfère naviguer dans un univers plus loin de le réalité, avec plus de fantaisie, plus onirique peut-être… En tous cas qui me semblait plus intéressant. Ces couleurs sont aussi celle que l’on utilise dans le maquillage professionnel… Il n’y a pas de hasard.

 

 

2) LES VALEURS

L’utilisation spécifique des valeurs (Noir-Gris-Blanc) n’est pas innocente.

Dans cette œuvre, le noir (Van Gogh 700.5) c’est comme le « e » muet dans la langue française : il en a partout et c’est ce qui donne un relief rythmique à la langue donc ici à la couleur. Du coup il ne symbolise pas la mort.C’est le Comos initial d’où toute forme de vie est apparue.

Par contre, le gris froid (VanGogh 717.7) possède une symbolique plus mortuaire. Il pourra parfois être transcrit comme le no man’s land d’un purgatoire situé entre la vie et la mort ou encore un arrêt de la communication. Il sert aussi à transposer le metal, l’argenté ou même le blanc comme le font aussi les différentes teintes de chair utilisées dans cette œuvre.

Le blanc (VanGogh 100.5) n’est utilisé que pour les traits des visages d’hommes et les masques, les visages de femmes ayant une autre esthétique.

3) L’APPRENTISSAGE DES COULEURS

Le développement de l’utilisation des couleurs s’est fait progressivement afin de bien connaître leurs interactions donc éviter les hiatus. Il fallait aussi que j’assimile leurs symboliques respectives.

Ce sont, pour la plupart des couleurs franches dans le sens où il y a très peu de mélanges de teintes. Il me semblait important qu’une certaine unité soit respectée et que l’œil puisse trouver des références entre les différents visuels.

4) LA REPARTITION DES COULEURS DANS L’ESPACE

Le système de colorimétrie s’est construit sur les quatre pôles que sont les points cardinaux, comme le sont toutes les cathédrales. La journée de 24h est représentée par un cercle qui tourne dans le sens des aiguilles d’une montre.

Point cardinal

Moment de la journée

Partie de la cathédrale

Type de coloris

EST

Matin

Abside

Couleurs fraïches, pastelles

SUD

Midi

Transept Sud

Couleurs solaires intenses

OUEST

Couchant

Portail Occidental

Couleurs du soleil couchant dans son ciel

NORD

Nuit

Transept Nord

Couleurs sombres et froides

 

Plus on monte dans les étages (élévations), plus le contraste entre les points cardinaux est important afin de renforcer le caractère de la symbolique. En conséquence, toute la parie sud sera de plus en plus clair et toute la partie nord sera de plus en plus foncée. Il n’y a que sue la partie est ou les couleurs se « rassemblent » en s’unifiant pour accéder au chœur.

Il est à noter que pour des raisons de cohérence esthétique et symbolique, chaque visuel s’inscrit dans un fondu enchaîné par rapport à son, voisin de droite ou de gauche, d’en haut ou d’en bas.

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